Au delà des manifestations de partisans kémalistes de la laicité et des menaces
à peine voilées de l'armée, l'élection probable au poste de président de la
république turque de Recep tayyip Ergogan, actuel premier ministre et chef du
parti AKP est l'occasion pour les medias de redecouvrir la Turquie.
Avant le référendum européen du 29 mai 2005, les opposants à l'entrée de la
Turquie dans l'Europe étaient habituellement présentés par les media comme des
réactionnaires chrétiens n'ayant pas compris que la Turquie était l'avenir de
l'Europe, sa marche, sa meilleure assurance contre la diminution de sa
population, et son meilleur rempart contre l' analyse huntingtonienne du choc
des civilisations, ce qui n'empechait pas, par ailleurs, d'indiquer que l'on ne
croyait pas à cette analyse, ce qui est très fort.
A cette occasion, l'AKP , parti islamique, était décrit comme quasiment
l'equivalent de la CDU allemande, voire, au pire, de la CSU bavaroise ; La
mention d'une référence chrétienne étant acceptée pour celles-ci, on ne voyait
pas pourquoi la référence islamique de celui-là aurait dû inquiéter.
Certes.
Erdogan,lui, avait gagné la mairie d'Istanbul en 1994. Il s'en proclama un
jour l'Imam et projeta le lendemain de bâtir une mosquée sur l'une de ses
places les plus modernes. Il inquiète. Mais il agace surtout : il fait du
système d'adduction d'eau de la ville l'un des plus sains et des plus
performants au monde ; il investit dans les transports en commun, fait
nettoyer la Corne d'Or ... Et ce, jusqu'en mai 1999, date de son
emprisonnement.
En effet, il avait déclamé en 1997 :« Les minarets sont nos
baïonnettes. Les coupoles, nos casques et les mosquées nos casernements. »
, un poème tres connu d'un des maitres de l'islamisme turc.
Ce politicien lyrique est décrit en Europe comme ayant véritablement mué,
transformé par le pouvoir et les années, ayant en quelques sorte adapté "Paris
vaut bien une messe" en "Istanboul vaut bien de renoncer à la
mosquée."
"j'ai changé" déclare-t-il alors ( il semble qu'il n'ai pas le monopole de
cette phrase. )
Certes.
Mais....le référendum européen, voit bizarrement l'opinion européenne
basculer sur l'entrée de la Turquie dans l'Europe, spécialement en France. Du
vert on passe au rouge.
Et aujourd'hui, en 2007, les manifestations de kémalistes anti-Erdogan sont
l'occasion d'"apprendre" via les medias que :
- Erdogan vient d'un parti islamique. voire "islamiste".
- Les piscines ont vu leurs horaires " aménagés" pour éviter la mixité
Hommes- Femmes
- Des débits d'alcool de Turquie dénoncent une politique fiscale dissuasive,
la "taxe d'amusement" ayant été quadruplée, de l'équivalent de 4 euros par jour
à l'equivalent de 15 euros par jour.
- les minorités religieuses alevis font l'objet de discriminations
fiscales , de meme que les minorités chrétiennes qui sont en butte à un
arbitraire administratif vexatoire, ne serait-ce que pour réparer une Eglise. (
Ne parlons pas d'installer un nouveau lieu de culte protestant, c'est tout
simplement légalement impossible.)
Et si le modèle d'Erdogan était la Malaisie ou les Emirats, plutot que
l'Europe ? Islam et PNB ne font pas forcément mauvais ménage.
Alors, où va la Turquie ? Quel Erdogan faut il croire ? celui qui
déclame des poèmes djihadistes et joue de la préférence fiscale en matière
religieuse dans la grande tradition du califat ottoman ?....
Ou celui qui ouvre grand la porte aux investissements étrangers et declare -
parfois- accepter de changer le code
penal turc ?