Heureux comme Dieu en France ?*
Par mathias le dimanche 17 décembre 2006, 13:44 - Lien permanent
"Dans les années soixante dix, la croissance française était supérieure aux
performances de l'économie américaine."
" Une vérité qui, rappelée aujourd'hui, surprend, tant la puissance et la
vitalité de l'économie américaine, c'est à dire de la société américaine, sa
créativité, sa capacité à inventer, innover, produire des richesses, nous
paraît infiniment supérieure à ce que nous nous sentons capables de faire en
France.
Pour appeler les choses par leur nom, ce qui est toujours douloureux, nous
subissons, en France, depuis trente ans, une formidable régression.
Une autre comparaison, plus terrible, puisée elle aussi dans l'histoire, le
démontre.
Au milieu des années soixante-dix, quand en France le salaire moyen
était établi à un indice 100, il était à un indice 80 en Grande-Bretagne.
Aujourd'hui, trois décennies plus tard, le rapport est, selon les économistes
de l'OCDE, exactement inversé. Quand, en France, le salaire moyen est de 100,
il est de 120 en Grande Bretagne.
La comparaison est plus terrible car nos voisins d'Outre Manche sont comme
nos jumeaux. La taille, la culture, la géographie, nous rapprochent, alors que
l'Amérique, lointaine, nous paraît supérieure par les seuls critères de sa
démographie, de sa superficie, etc.
La vraie différence entre l'Angleterre et la France tient aux choix
politiques radicalement différents des deux pays.
A la fin des années soixante dix, alors que les chocs pétroliers secouent
les économies de la vieille Europe, les Anglais subissent la brutalité de
Margaret Thatcher. Sans aucun ménagement, la "dame de fer" veut adapter son
pays à la mondialisation dont elle pressent et anticipe les effets. La
dérégulation de l'économie et des règles sociales créent de la douleur sociale
et des colères dont il faut se souvenir.
Elles participent aussi à l'adaptation des structures au monde qui s'annonce et
qui permet aujourd'hui à ce pays, qui n'est pas un Eldorado ni le paradis sur
terre, de créer des emplois et de connaître, depuis bientôt deux décennies, une
vitalité économique enviable.
La France, dans les mêmes années, privilégie un autre chemin. En portant
François Mitterrand au pouvoir, elle choisit plutôt de lutter et de résister.
Au libéralisme qui gagne partout, elle répond par une politique volontariste
qui passe par des moyens accrus donnés à l'Etat, incarnation d'un intérêt
général qui s'oppose aux acteurs de l'économie, vécus et présentés comme des
agents égoïstes susceptibles de miner, par leurs actions personnelles, la
cohésion nationale.
Quinze ans plus tard, dans une concordance de calendrier qui rend
passionnant ce match à distance entre les deux pays, le destin offre un nouveau
carrefour à la France et à l'Angleterre. Et à nouveau, les choix faits par les
deux peuples divergent.
En 1997, les Anglais confirment leur pacte avec le thatchérisme en portant
Tony Blair au pouvoir. Le travailliste new look ne change rien d'important à
l'ordre économique. Il tempére en revanche davantage qu'on ne le dit en France
les effets néfastes de la politique suivie par celle qui l'a précédée à la tête
du gouvernement en investissant des sommes importantes d'argent public dans le
système de santé et l'éducation.
A l'inverse et à deux reprises, les Français confirment leur choix
précédent. Jacques Chirac en 1995, qui oppose le modèle français aux méfaits de
la mondialisation, ce qu'exprime sa formule fétiche de "réduction de la
fracture sociale", puis Lionel Jospin en 1997, qui impose une réduction du
temps de travail à rebours de toutes les économies occidentales où la recherche
d'une plus grande productivité devient la question centrale, incarnent cette
passion française de la singularité et du combat tricolore contre le reste du
monde.
Assez logiquement en France, Margaret Thatcher et Tony Blair sont devenus,
pour la droite comme pour la gauche, des figures repoussantes du débat public.
S'il vient la fantaisie à un candidat de vouloir susciter la peur, ou de faire
monter les huées, il suffit d'évoquer ces deux responsables et l'action qu'ils
ont menés dans leur pays.
Les chiffres pourtant ne disent pas l'échec de la Grande
Bretagne.
Que ce pays connaisse des problèmes, que tout n'y soit pas parfait, que même
des Anglais traversent la manche pour se faire soigner, tout cela doit être dit
sous peine de pratiquer de la désinformation. Mais que les choix fondamentaux
effectués il ya trente ans révèlent leur part de justesse est aussi une
réalité. Aujourd'hui, dans ce monde si âpre, l'économie anglaise, les
universités anglaises, la recherche anglaise, paraissent plus solides, plus
créatives, plus créatrices de richesses, que leurs homologues françaises.
Dans ce match à distance que se livrent ces deux pays qui adorent de
détester depuis la nuit des temps, et sans encore une fois que tout soit blanc
là bas et noir ici, qui soutiendrait que la France est aujourd'hui victorieuse
par rapport à l'Angleterre?
Qui affirmerait que Margaret Thatcher a eu tort quand François Mitterrand a
eu raison?
Qui dirait que des deux socialistes, Blair et Jospin, c'est ce dernier qui a
opéré les choix les plus justes et témoigné d'une vision plus aigue de
l'avenir?
Qui donc placerait Jacques Chirac sur la première marche d'un classement
hypothétique des responsables au pouvoir pour l'excellence de sa gouvernance et
la grandeur de sa vision?
Nous, Français, sommes souvent aveuglés par nous mêmes, notre histoire
grandiose et notre passé prestigieux. C'est au travers de ce halo de gloire que
nous regardons le présent. "
(in le blog de Jean-Michel Aphatie )
Qu'en pensez vous ?
'* expression allemande